01 avril 2012
Personne ne devrait dormir
Dans l'hôpital abandonné, le vent fait vibrer portes et fenêtres délabrées. Éole a fait de ce lieu son royaume. Mais dans le vaste jardin à l'agonie, plus un bruit ne se fait. L'herbe, silencieuse, a poussé sauvage et drue. Et sur l'écorce d'un bouleau déjà vieux, on peut lire : "Personne ne devrait dormir. Ne m'oubliez pas".01 avril 2012
Le vaisseau fantôme
Je vis dans une grande bâtisse en ruines. Le vent y penètre et fait gricer les gonds des portes délabrées. La pluie s'y glisse et forme des flaques gigantesques. Cette nuit, j'ai régné sans partage sur ce royaume. Cette nuit, j'étais seul maître à bord de ce vaisseau fantôme. Cette nuit, j'ai veillé seul à mon chevé...01 avril 2012
Si loin de tout
Je me sens cassé. Comme un pantin disloqué. Je me sens vide. Comme en dehors de moi-même. Comme à côté de moi-même. Mon propre fantôme. Je me laisse vivre. Parfois, je reste assis, les yeux plongés dans le vide. J'attends...18 novembre 2011
La coquille de noix
Souvent, dans la ville, je marche sur la bordure des trottoirs. La plupart du temps les blocs forment une surface plane et rien n'entrave ma course. Mais certains, plus défoncés que d'autres, me mettraient presque au niveau du caniveau. D'autres encore me feraient facilement trébucher si je n'y prenais garde. Parfois les passants s'arrêtent et me demandent pourquoi je ne marche pas comme eux au milieu du trottoir. Je leur réponds : « Que vous importe si je ne chemine pas comme vous ? Que vous importe après tout si je tombe au... [Lire la suite]18 novembre 2011
Le mur
Il est des murs qu'on ne franchit pas. J'ai échoué. Je ne saurai jamais ce qu'il y a derrière. Eh bien soit ! Désormais, je resterai là au pied du mien avec toute ma peine et mes regrets, préférant me contenter du ciel et des étoiles.17 novembre 2011
Le banc municipal
Un vieil homme était assis sur un banc. Passant devant lui, il me fit signe et me demanda : « T'aurais pas une cigarette ? ». Je lui répondis que je ne fumais pas. Il me fixa du regard et me dit : « Ce banc, c'est mon domicile, ici je suis chez moi, et chez moi je peux fumer. À l'extérieur, je ne me permettrai pas mais ici je fais ce que je veux ! ». Il fit silence quelques minutes puis reprit : « Tu ne trouves pas que je suis beau ? Enfin, je veux dire, encore potable ? ». J'acquiesçais et lui dis :... [Lire la suite]17 novembre 2011
La chaise
Je suis entré dans l'église, attiré par cette odeur âcre que dégage l'encens. Je marchais dans le bas-côté quand je la vis, cachée derrière un pilier. Elle se tenait là, sur ses quatre pieds : droite, figée, austère, fière. Dès qu'elle m'aperçût, elle m'invita à s'asseoir avec elle. Je refusais poliment, prétextant je ne sais quelle affaire importante à régler à l'extérieur. À ma réponse, je devinais qu'elle était triste. Elle me fit part de sa profonde solitude. Je rétorquais qu'elle n'était pas seule et que des dizaines de ses... [Lire la suite]17 novembre 2011
Lettre à mon frère disparu
Quand tu arriveras à la ville, après avoir parcouru les longues plaines couvertes de blés, franchi les épaisses forêts et traversé les larges rivières, quand tu arriveras à la ville, dis-je, alors peut-être en auras-tu fini avec la solitude. Voilà tant et tant d'années que tu es parti. Je te revois ce matin-là, heureux et souriant à la simple idée de partir à l'aventure. Combien d'années se sont écoulées depuis ton départ ? Dix, quinze, vingt années ? Plus, beaucoup plus ? Je ne les compte plus tant la peine liée à ton absence est... [Lire la suite]17 novembre 2011
Prostration
Et je suis resté là assis sur ma chaise, ne me retournant pas pour le voir s'éloigner. J'ai fermé les yeux et j'ai fait le vide dans ma tête. Puis j'ai regardé autour de moi. C'est une drôle de sensation qui vous prend alors à ce moment précis de votre vie. Vous devenez spectateur d'une scène où jouent des dizaines d'acteurs. Comme si eux ne vous voyaient pas. Ou plutôt comme si vous, vous n'existiez pas. Vous êtes en dehors du temps qui s'écoule devant vous. Vous les voyez mais vous ne les entendez pas. Plus un bruit. Rien que le... [Lire la suite]
