01 avril 2012
Le mauvais rêve
Comme tu paraissais petite sur le large sofa de toile rouge. De ta bouche sortaient quelques paroles inaudibles, dernières lueurs d'une vie à l'agonie. À tes pieds, telle une mater dolorosa, ta soeur des roses se lamentait avec force, et moi, moi je pleurais sans retenue.
Puis, debout, devant la foule grise, je me vois prononçant ces mots sous les voûtes délavées de l'église triste : "Là où je vais, je passe des caps, je passe des ponts ; de là où tu es, tu rejoins les étoiles".
Au petit matin, à mon réveil, la photo de... [Lire la suite]01 avril 2012
Personne ne devrait dormir
Dans l'hôpital abandonné, le vent fait vibrer portes et fenêtres délabrées. Éole a fait de ce lieu son royaume. Mais dans le vaste jardin à l'agonie, plus un bruit ne se fait. L'herbe, silencieuse, a poussé sauvage et drue. Et sur l'écorce d'un bouleau déjà vieux, on peut lire : "Personne ne devrait dormir. Ne m'oubliez pas".01 avril 2012
Polymnie
Polymnie ne me laisse pas dormir... La nuit, avec l'aide de Morphée, elle aligne des mots et assemble des lignes dans les méandres de mon cerveau. Et quand Diane éteint l'astre lunaire, cédant la place à Aurore, elle me pousse à les coucher sur de grandes pages blanches. Muse ! Tu as fait de moi le gardien volontaire de tes saillies nocturnes.01 avril 2012
Hiver
Dans le vieux cimetière, tout est uniformément blanc et l'on hésite à fouler de son pas lourd le sol vierge. La neige crisse sous nos semelles et nous sommes les seuls à maculer le chemin qui, depuis trois jours déjà, grelotte sous son tapis lumineux. La neige recouvre les morts, pâles et défaits. "Nous avons froids !", crient-ils à notre passage, yeux hagards et teint blafard, mains tendues vers un ciel si plombé qu'il pourrait bien tous nous engloutir. "Qu'importe !", leur répondons-nous, "il nous plaît de vous découvrir sous ce... [Lire la suite]01 avril 2012
La course infinie
Et parvenu au septentrion, après un chemin de longues heures, je m'endors sous la voûte étoilée. Au loin, le vent agite les branches d'immenses peupliers qui défient le ciel menaçant, et au-delà encore, sans lilites, s'étend le champ des morts. Dans la chambre bleue, plus rien ne bouge et un Chinois de grande taille veille sur mon sommeil. Demain, bien après l'aube, le souffle de sa bouche glissera entre mes lèvres et inversera les rôles. Alors je reprendrai ma course...01 avril 2012
La mauvaise prière
Je suis la rivière qui alimente le fleuve, le sang qui nourrit le pou, le meuble qui reçoit la poussière, la plante des pieds meurtrie par le caillou dans la chaussure ensanglantée, et l'arbre qu'étouffe le lierre et parasite le gui.
Je suis le pendu qui se balance au bout de la corde, la plaie sans cesse remuée par le couteau, la barque qui chavire, engloutie par les flots, le paratonnerre usé par la foudre et la statue qui reçoit crachats et injures.
Je suis le wagon qui déraille et qui, dans sa chute, emporte les voyageurs, la... [Lire la suite]
01 avril 2012
La bulle d'air
Devant lui, la plage déroulait son tapis safran sur des kilomètres. Il en va toujours ainsi avec les plages du Nord : elles semblent s'étaler à l'infini.
Il avait enlevé chaussures, chaussettes et remonté le bas de ses pantalons. S'étant avancé jusqu'au rivage, il regardait l'horizon. Le ciel était bleu, sans nuages. Le ciel était vide, sans oiseaux. Le ciel était immense : ses pensées s'y noyaient sans regrets.
Les vagues venaient mourir à ses pieds et l'eau de septembre était déjà froide. Pour se réchauffer, il décida de marcher... [Lire la suite]01 avril 2012
Pignan
Sous les mûriers, les loungta caressent l'air et dispersent au vent leurs prières colorées. Touché par tant de sollicitudes, le sophora voisin a fait taire ses sanglots. Dans la piscine azurée, les flotteurs rythment les clapotis de l'eau et notre demi-sommeil. Près d'un appentis, une frêle épuisette n'épuise rien et le pluviomètre désespère de sa vacuité. Tout autour du grand bassin faïencé, les cigales cymbalisent et quelques lézards, sans doute échappés des bordures imprimées d'un paréo abandonné, galopent sur les dalles d'argile... [Lire la suite]01 avril 2012
Feu sacré
C'est comme un petit feu qui brûle à l'intérieur de moi. Il me brûle, mais ne consume pas. Ce petit feu, je ne l'ai connu que trop rarement, mais il ne m'a jamais trompé. C'est un signal, une prédiction, une évaluation. Il ne vient jamais seul : il s'accompagne toujours d'une profonde envie de se fondre dans l'autre, de ne faire plus qu'un avec lui, de faire de deux êtres une seule entité. C'est une communauté d'esprits, d'envies, de rêves. C'est une volontée partagée, un chemin à tracer, une lumière à suivre. C'est un début à tout,... [Lire la suite]01 avril 2012
Le vaisseau fantôme
Je vis dans une grande bâtisse en ruines. Le vent y penètre et fait gricer les gonds des portes délabrées. La pluie s'y glisse et forme des flaques gigantesques. Cette nuit, j'ai régné sans partage sur ce royaume. Cette nuit, j'étais seul maître à bord de ce vaisseau fantôme. Cette nuit, j'ai veillé seul à mon chevé...
